4e dimanche du Carême / année A – 2026

Ce qui est frappant dans l’Évangile de l’aveugle-né, c’est que Notre Seigneur y est presque absent. Il n’apparaît qu’au début et à la fin. Et pourtant, l’effet produit sur l’auditeur est inverse. La présence de Jésus dans cet épisode est si forte qu’elle éclipse bien d’autres passages où Jésus parle et agit plus directement. C’est le secret de saint Jean : il nous donne de regarder la réalité par les yeux mêmes de Notre Seigneur. Oui, c’est comme si Jésus lui-même nous racontait cette histoire.

Après avoir guéri l’aveugle, Jésus ne le quitte pas. Ce n’est qu’en apparence que cet homme affronte seul les pharisiens.

L’histoire est tragique : le pauvre miraculé se voit rejeté par tous. Ses parents n’osent pas le soutenir ; les autorités religieuses le jettent dehors. Il se retrouve seul, plus seul encore que lorsqu’il mendiait, aveugle.

Et pourtant, n’avez-vous pas fait cette expérience ? Chaque fois que nous lisons ce récit poignant, loin de nous attrister, il éveille en nous une joie profonde, presque une jubilation intérieure. C’est que le regard de Jésus n’a pas quitté un instant cet homme. Mieux encore : c’est comme si Jésus lui-même vivait et agissait en lui. C’est ainsi qu’il traverse une situation humainement désespérée, comme si ce n’était qu’un jeu d’enfant.

Nous qui critiquons l’autorité par derrière et la flattons par devant, n’avons-nous pas savouré ses réponses aux pharisiens, si libres, si dénouées du respect humain :

« Voulez-vous, vous aussi, devenir ses disciples ? »

Le jeu est renversé : ce sont les pharisiens qui deviennent des aveugles, eux qui s’obstinent comme des enfants entêtés dans leur petit jeu mesquin, alors que la Lumière passe à leur portée.

C’est lui, l’aveugle, qui voit. Non parce qu’il serait plus malin que les autres, mais parce que Jésus le regarde avec amour et que ce regard ne le quitte plus. Notre homme n’a plus rien à faire des succès et des faveurs des hommes. Un monde nouveau vient de s’ouvrir pour lui.

Ce monde nouveau est celui de la présence de Dieu que le regard de Jésus ouvre en lui. Et ce monde peut s’ouvrir pour chacun de nous. Car le regard aimant de Notre Seigneur se pose sur chacun de nous. Ce n’est pas un simple regard posé sur nous de l’extérieur. « Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Le regard de Jésus nous transforme de l’intérieur plus efficacement que tous nos efforts vertueux. Si nous apprenons à vivre sous ce regard, il établit en nous la présence de Dieu. Ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous. Voilà la vraie Vie : la vie éternelle qui nous est offerte dès aujourd’hui.

Mais nous avons un choix à faire. Choisir ce regard, c’est accepter d’être rejeté par les hommes :

« Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit :

« Crois-tu au Fils de l’homme ? »

Il répondit :

« Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

Jésus lui dit :

« Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

Il dit :

« Je crois, Seigneur ! »

Et il se prosterna devant lui. »

Amen.

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