« Lazare est mort, et je me réjouis de ne pas avoir été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. »
Mystérieuse parole que cette affirmation du Seigneur à l’encontre de ses disciples. Le propos est loin d’être fait pour couper court à leur étonnement. N’ont-Ils pas vu leur Maître volontairement tarder à visiter son ami malade ?
« Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu », a-t-il lâché peu auparavant, quand il décida de demeurer deux jours encore, là où il se trouvait.
Pourquoi ce retard ?
Pourquoi Jésus avait-Il pris autant de temps pour venir au secours de son ami Lazare ?
« Seigneur, si tu avais été là, notre frère ne serait pas mort. »
C’est par ce douloureux reproche que Notre-Seigneur est accueilli à son arrivée à Béthanie, par les deux sœurs du défunt.
D’abord, Jésus se tait. Il ne contredit pas les paroles de Marthe et de Marie. Il ne remet nullement en question leur foi. Au contraire, ému, et malgré l’aveuglement des autres juifs, Il ressuscite Lazare.
Il y a plusieurs sortes de présences et elles ne se valent pas toutes : voilà le message de Jésus, absent de Béthanie à l’heure de la mort de son ami Lazare. En effet, par son absence, Notre-Seigneur met sa présence, physique et réelle, en contraste avec celle du souvenir et de la pensé. Jésus, quand il est vraiment là, c’est autre chose qu’une simple présence intentionnelle, une « présence en absence » pourrait-on dire.
Il y des faveurs, des privilèges et des formes de proximité qui se concrétisent seulement en présence réelle des personnes. Jamais une intention ou un souvenir ne pourront se substituer à un rapport direct, à un vis-à-vis d’une relation enracinée dans la réalité. C’est plus vrai encore quand il s’agit de l’amitié, vulnérable face à toute forme d’absence.
Le Mystère de l’Eucharistie, qui nous est ainsi splendidement éclairé, est bien au centre de l’Évangile de ce jour.
Que Dieu nous fasse la grâce d’y être sensibles. Qu’Il nous aide à ne jamais négliger sa Présence réelle, autrement et bien plus réelle que nos petites présences humaines. Elle est irremplaçable, irréductible, et c’est par elle que le concret de notre salut nous parvient. Avec Elle la mort s’éloigne et notre amitié avec Jésus ne cesse de grandir. Peu importent nos sens, peu importe le voile qui, aujourd’hui encore, cache à nos yeux ce que nous croyons et ce que nous adorons.
Le ressenti n’est pas la mesure du réel, et quand il s’agit de l’amitié avec Dieu, c’est plus vrai encore. Croire sans voir n’est nullement un obstacle au bonheur, au vrai bonheur. Amen.