3e dimanche de Pâques

Depuis la Résurrection du Seigneur, nous voyons apparaître toutes sortes d’attitudes parmi les disciples. Certains courent, pressés d’annoncer la Bonne Nouvelle ; d’autres avancent lentement, accablés par le doute ou la fatigue. Certains exultent de joie, d’autres demeurent silencieux et tristes. Certains parlent beaucoup ; d’autres gardent le silence du cœur. Et pourtant, dans chacune de ces scènes, Jésus est là, présent au milieu d’eux — mais ils ne le reconnaissent pas.

Les disciples d’Emmaüs quittent Jérusalem, le cœur lourd. La mort de Jésus a brisé leur espérance de délivrance pour Israël, et parviennent-ils même à croire à la résurrection ? Ils attendaient un sauveur terrestre, un libérateur politique ; à présent, ils rentrent chez eux, tristes, découragés, sans espérance. Pourtant, l’Évangile nous dit : « Jésus lui-même s’approcha et il marchait avec eux », mais « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24). Jésus est là, sur leur route, mais ils ne le voient pas. Comme nous parfois, il marche à nos côtés dans nos épreuves, et nous croyons qu’il nous a abandonnés.

Cette diversité de réactions reflète nos propres manières d’accueillir la Résurrection. Chacun reçoit cet événement selon son histoire, sa foi et ses blessures. Mais au-delà de nos émotions et de nos perceptions, demeure une vérité essentielle : le Christ est vivant, présent au milieu de nous, il est présent dans l’eucharistie. Notre foi ne repose pas sur ce que nous ressentons, mais sur la parole de Dieu et sur la promesse du Ressuscité.

Notre foi chrétienne est une foi de croyants, d’espérance et de charité. Pour reconnaître Jésus, il faut apprendre à faire silence au-dedans de nous, à déposer nos peurs et nos désirs, et à lui faire une place véritable. Saint Augustin nous rappelle que « notre joie se trouve dans l’espérance » : sans espérance, il n’y a pas de vraie joie chrétienne. C’est cette espérance qui nous permet de marcher dans l’obscurité, sûrs que le Christ ressuscité nous précède et nous guide.

La joie pascale n’est pas une émotion passagère : elle est une lumière qui jaillit du triomphe du Christ. La Résurrection est le triomphe du bien sur le mal, de Dieu sur le démon, de la vie sur la mort. Même quand nous nous sentons fatigués ou découragés, la foi nous rappelle que, dans la profondeur des choses, la victoire appartient déjà au Christ — et qu’il nous la partage.

Comme les disciples, nous attendons parfois de Jésus qu’il change immédiatement les circonstances de notre vie, qu’il nous libère de nos difficultés et de nos croix. Mais le Christ n’est pas venu seulement rétablir un ordre humain : il est venu ouvrir pour nous le Royaume de Dieu, transfigurer nos cœurs et nous donner la vie éternelle. Croire au Ressuscité, c’est quitter la nostalgie d’un bonheur purement terrestre pour accueillir la vie nouvelle que Dieu nous offre. C’est accepter que Jésus ne corresponde pas toujours à nos attentes, mais qu’il nous conduise plus loin, vers la liberté des enfants de Dieu.

La Résurrection nous invite donc à changer notre regard : à ne plus chercher Jésus uniquement dans nos émotions ou nos désirs, mais à le reconnaître dans la foi, dans la Parole, dans les sacrements, dans le partage fraternel et surtout dans l’amour. Là où il y a l’amour véritable, là est le Christ ressuscité. Là où un cœur se donne, pardonne ou relève un frère, le Ressuscité est présent — même si nos yeux ne le voient pas.

Demandons aujourd’hui la grâce de reconnaître Jésus au milieu de nous : dans nos joies et nos peines, nos doutes et nos espérances. Que la foi, l’espérance et la charité grandissent en nous, afin que nous accueillions non pas seulement un sauveur terrestre, mais le Seigneur vivant, vainqueur du péché et de la mort. Amen.

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