« La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » — Jean 17, 3
Aujourd’hui, alors que nous sommes submergés par une avalanche d’informations de toutes sortes, alors même que l’homme a poussé plus loin l’exploration de l’univers, nous vivons, dans un monde où tout parle, où tout crie, où l’on s’exprime jusqu’à l’épuisement. Et pourtant, il est frappant de constater que si peu de personnes cherchent la vraie connaissance, celle qui rend l’homme vraiment heureux et lui ouvre la vie éternelle.
Le catéchisme de l’Église catholique nous enseigne, que la raison humaine peut réellement, par ses propres forces et par sa lumière naturelle, parvenir à une connaissance objective d’un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi qu’à une connaissance des lois naturelles, mise par le créateur dans nos âmes. L’Église n’a jamais cessé de l’enseigner avec clarté. Mais en même temps, chacun de nous fait l’expérience des obstacles qui viennent entraver ce chemin. Car les vérités qui concernent Dieu dépassent l’ordre des choses sensibles, et elles ne sont pas faites pour rester des concepts abstraits : elles doivent devenir la lumière de notre intelligence, le guide fiable de notre jugement et le principe de notre agir chrétien.
Or nous faisons tous l’expérience, en nous-mêmes ou autour de nous, que l’imagination débridée, l’affectivité mal gouvernée et les idéologies de notre temps dressent une barrière, tel un écran de fumée entre Dieu et nous. Le péché originel a blessé le regard de l’homme ; il a affaibli son jugement ; il l’incline facilement à appeler le mal un bien et le bien un mal. De là vient que beaucoup se persuadent de l’incertitude des vérités les plus hautes et les plus fondamentales, ou même de leur invraisemblance.
Pourtant, la doctrine de l’Église catholique demeure limpide :
« La Sainte Église Notre Mère tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toute chose, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées. » Concile Vatican I, Dei Filius, chap. II, 1870
Mais si la raison peut conduire jusqu’à Dieu, la grâce, elle, ouvre plus profondément encore le cœur de l’homme à cette connaissance vivante qui est déjà commencement de la vie éternelle. C’est ici qu’apparaît toute l’importance des Ordres contemplatifs. Par leur prière et leur vie cachée, ils exercent une secrète fécondité apostolique dans la conversion des âmes. C’est Dieu lui-même qui envoie les ouvriers à sa moisson, qui ouvre le cœur des non-croyants pour qu’ils écoutent, et qui féconde en eux la parole de l’Évangile. Tel est, en profondeur, le rôle premier du moine dans l’évangélisation du monde entier.
Dom Chautard disait dans l’âme de tout apostolat :
« Les moines, ces hommes qui prient, font plus pour le monde que ceux qui combattent, et si le monde va de mal en pis, c’est qu’il y a plus de batailles que de prières. »
Les moines, par leur seule existence, crient au monde que Dieu est là : vivant, présent, agissant. Ils rappellent silencieusement, mais avec force, que tout vient de Lui, que tout tend vers Lui, et que tout doit Lui être rendu.
Les monastères sont comme des puits dans le désert. Ils ne sauvent pas l’Église par des stratégies, mais par la fidélité au silence et à l’oraison, l’offrande gratuite du temps, la prière nocturne, la liturgie célébrée comme un avant-goût du Ciel.
La vie monastique a quelque chose de prophétique : elle incarne dès ici-bas ce que sera la béatitude céleste : contempler Dieu, l’aimer, l’adorer, vivre de lui et pour lui dans un face-à-face qui ne finira plus.
Vous avez tous reconnu des propos du Cardinal Sarah.
Pour nous qui vivons dans un monastère, cette affirmation nous interpelle puissamment.
Ainsi, mes frères, si la vie éternelle doit ressembler d’une certaine manière à ce que nous vivons ici-bas, quel privilège !
Il en découle aussi que nous retrouverons plus tard les mêmes frères, les mêmes voisins au chœur, mais purifiés et transfigurés.
Alors si nous devons nous retrouver tous ensemble dans l’au-delà, il est temps de commencer à nous y préparer sérieusement.
Que le Bx Modeste et ses compagnons nous y aident.
Amen.