« Même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte ! »
Le mystère de la Providence est le plus consolant, le plus doux qui soit pour l’humanité blessée et désemparée. Pourquoi est-il donc si abandonné, si peu annoncé ?
Voici un exemple de ce qu’on peut lire aujourd’hui à ce sujet :
« L’idée de providence, d’un Dieu qui pourvoirait dans l’immédiat de la vie, apparaît non seulement inacceptable mais inaudible, scandaleuse. Qui serait-il, lui qui aurait une intention sur mon existence et m’aurait laissé engloutir par tant de malheur ? Il faut rejeter l’idée d’un Dieu providence, dans cette interprétation terrible de Paul : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8,28) Les brisures de la vie bafouée par la violence du mensonge, de la vie usée par la maladie, non tout cela ne concourt pas au bien de ceux qui pourtant cherchent encore à croire. Rien ici qui témoigne d’un Dieu qui prend soin[1]. »
Face aux atrocités dont tant d’hommes sont victimes, peut-on croire à un Dieu provident qui prend soin de nous jusque dans le moindre détail ? La question se pose. Mais il ne faut pas éluder les conséquences de la réponse. Ce qui est en jeu, c’est notre foi en la Parole de Dieu. Il s’agit bel et bien de se déclarer pour Notre Seigneur ou de le rejeter. Celui qui rejette l’idée de la Providence divine doit être cohérent et reconnaître qu’il n’est plus chrétien.
Les amis de Dieu rendent un témoignage unanime : loin de les aigrir, l’épreuve était devenu pour eux un tremplin de leur union à Dieu. Ils ont dit oui à la Providence. Je ne cite qu’un exemple : Chiara Luce. À 17 ans, on lui diagnostique un cancer agressif des os. Elle transforme cette épreuve en une offrande d’amour pour l’Église, les missions et tous ceux qui souffrent. Elle répète souvent : « Pour toi, Jésus. Si tu le veux, je le veux moi aussi ». Elle trouve dans l’union à Jésus crucifié la clé de sa liberté intérieure. Refusant la morphine pour rester lucide, elle veut « offrir » consciemment chaque instant de souffrance, convaincue que l’acceptation de la douleur peut rendre libre.
Nous autres, dans la même situation ou même devant des épreuves beaucoup moins grandes, les contrariétés de la vie quotidienne, les petites misères de la vie commune, refusons souvent de voir la main de Dieu derrière les causes secondes qui nous blessent.
Ce qui brise les vies ce n’est pas la souffrance, mais l’absurde, le manque de sens. Mais c’est précisément la Providence qui donne le sens à la souffrance. Ce qui est révoltant, ce n’est pas que Dieu nous laisse souffrir, mais que Dieu soit étranger à nos souffrances, qu’il ne soit pas capable d’en tirer un bien plus grand. Jésus nous a prévenu : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte. »
Suivre Jésus, sur la Croix, sans crainte. « Jésus, si tu le veux, je le veux bien moi aussi. »
Amen.
[1] Véronique Margron, « Pressentir un Dieu prévenant », Lumière et Vie 259 (2003), p. 7-14.