28e dimanche du Temps Ordinaire / Année A

« Pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors. » Telle est la condition de l’homme coupé de Dieu, que le Seigneur Jésus décrit dans la parabole des invités aux noces. Cet homme ne demandait rien : il a été trouvé sur les chemins, introduit au banquet ; il finit muet, ligoté, à la porte. Les cordes qui le retiennent prisonnier sont apparemment la passivité, l’incapacité d’agir. De cette inertie, une délivrance est-elle possible ? Vouloir défaire les nœuds qui entravent l’homme, c’est chercher son union à Dieu.

       Les liens qui étouffent notre liberté sont nombreux et l’évangile en illustre quelques-uns. Désordre dans les désirs, que manifestent les premiers invités : à l’amitié divine qui devrait constituer l’honneur d’un homme, ils préfèrent leur champ ou leur commerce. Absence même d’un désir de salut, que montre la révolte des invités, insensibles aux dons de Dieu. Et enfin la résignation à la médiocrité, qu’on observe chez le dernier convive, peut-être sous des airs d’abandon à la Providence.

       Or Dieu est maître dans l’art de redresser ce qui est tordu, de défaire les nœuds. Il intervient par sa grâce qui opère directement dans les cœurs. Celle-ci desserre l’étau du mal, de la tristesse ou de l’inquiétude. Elle y fait pénétrer la lumière, rétablissant la vérité et l’amour, et restaure en l’homme la sainteté de Dieu, c’est-à-dire sa relation avec le Créateur. Ainsi libérée et devenue agréable au Seigneur, l’âme vit à nouveau de foi, d’espérance et de charité.

       Le chrétien n’est pas un simple spectateur de ce processus de purification, ni pour lui-même, ni pour ses frères. Dans la salle de noce, les serviteurs ont rassemblé toute sorte de convives, « les mauvais comme les bons ». Tous – sauf un – portent le vêtement qui plaît au roi. Chacun a donc eu le temps, fût-ce au dernier moment, de se délivrer de ses attaches et d’accéder à la charité qui est la clé du Royaume.

       C’est à cet instant précis qu’interviennent l’intercession et la suppléance. La prière de l’Église, les mérites des saints, Dieu choisit de les associer à son œuvre de justification. « Qui sait combien d’âmes comptent sur votre persévérance à votre vocation ? » écrit Thomas Merton. « Dieu a peut-être voulu que de nombreuses âmes, dans le monde, soient sauvées grâce à votre fidélité. Pensez à elles, si vous êtes tenté de partir. Souvenez-vous de toutes ces âmes ; vous en connaissez quelques-unes ; les autres, vous ne les connaîtrez peut-être jamais, avant de les rencontrer au ciel. »

       Au ciel… c’est-à-dire au dernier jour dans le Royaume, quand nous serons revêtus des œuvres charitables de nos propres frères, et véritablement bienheureux parmi les invités au repas des noces de l’Agneau.

Voir toutes nos homélies

🌐
Aller à^