Ce n’est pas facile… Vous vous en êtes peut-être déjà aperçu. Sinon, sachez que vivre ensemble, par exemple en communauté, n’est pas toujours facile. Pourquoi ? À cause des relations.
Vous avez sans doute aussi remarqué que, dès la nuit de Noël, alors que le Christ ne parlait pas encore, les anges criaient : « Gloire à Dieu », certes, mais aussi « paix sur la terre ». Le Christ, après sa résurrection, interpelle ses disciples en disant : « La paix soit avec vous. » Saint Paul, à son tour, insiste : « Vivez en paix. » Enfin, le Père Abbé, au début de chaque célébration qu’il préside, invoque cette même paix.
Pourquoi cette insistance sur la paix ? Le constat est banal : les relations humaines en manquent cruellement.
Écoutons Marie Noël : « La Paix : le Royaume de Dieu. Ce ne sont pas les dolents, mais les violents, qui l’emportent.
La Paix de l’âme est une rude guerre.
La Paix n’est ni tranquillité ni doux sommeil. La Paix est domination.
La Paix est victoire. Combien rare ! […]
La Paix n’a jamais régné, sauf dans quelque étroite cité, sous le gouvernement momentané de tel homme fort, raisonnable et juste. Chance exceptionnelle. Chance courte.
La Paix n’est qu’en Dieu. » [1]
Aujourd’hui, nous célébrons la solennité des relations : relations subsistantes, éternelles, immuables quoique dynamiques ; relations parfaites d’amour et de don de soi que sont le Père, le Fils et l’Esprit Saint. En célébrant ainsi le dogme d’un Dieu unique en trois personnes, nous touchons au cœur de la révélation chrétienne.
Pourtant, il en va du dogme comme de la lettre de l’Évangile. Saint Thomas dit qu’elle peut tuer. En effet, elle le peut aussi bien — voire mieux encore — qu’une observance hypocrite de la Loi, si le cœur n’est pas habité par la grâce. Car la grâce est cette vie divine et parfaite, la vie même de la sainte Trinité, que Dieu nous communique à notre mesure.
Comment l’accueillir ? Il suffit de ne pas s’y opposer. Mais correspondre à la grâce peut être, par moments, une rude guerre; et d’abord contre soi. Les relations humaines qui nous construisent, nos relations « constructives », et qui sont donc exigeantes, nous disposent à accueillir la grâce. Car ultimement elles sont, comme la grâce, de l’ordre de l’amitié.
La Bienheureuse Vierge Marie qui a su se hâter sans se troubler pour aller aider Élisabeth en savait quelque chose. Que cette Reine de la Paix obtienne à nous et à tous les hommes la grâce d’apaiser un peu plus notre cœur et nos relations. Amen.
[1] Voici la citation in extenso :
« La Paix : le Royaume de Dieu. Ce ne sont pas les dolents mais les violents qui l’emportent.
La Paix de l’âme est une rude guerre.
La Paix n’est pas tranquillité ni doux sommeil. La Paix est domination.
La Paix est victoire. Combien rare !
Rare, la Paix individuelle, conquise sur lui, détruisant lui, par le Sage ou par le Saint. « Je suis maître de moi… »
Plus rare, la Paix familiale imposée à la maison par tel lumineux et puissant père qui n’abandonne rien, mais dirige et qui maintient l’accord entre les besoins et les intérêts de tous.
Rarissime, la Paix des peuples. Quel sera l’élément dominateur, la force qui imposera une raison, un ordre aux éléments de désordre, aux intérêts contradictoires ?
Qui ? Dieu lui-même s’Il était Roi de ce monde. La Paix n’a jamais régné sauf dans quelque étroite cité sous le gouvernement momentané de tel homme fort, raisonnable et juste. Chance exceptionnelle. Chance courte.
La Paix n’est qu’en Dieu. Et, par Dieu, dans le Saint. Les nations, les peuples, un jour, seront-ils saints ? A de magnifiques exceptions près, les rois n’ont été ni saints, ni sages.
Textes : la Bible « Au commencement était le chaos ». La Force divine lui impose sa loi, l’ordre. Si elle se retirait un instant, les étoiles se briseraient l’une contre l’autre.
L’Évangile : « Quand le Fort armé garde sa maison, tout ce qu’il possède est en paix. »
Sagesse des Nations, toute petite : « Aime ton voisin, mais plante ta haie. » (Proverbe wallon.) »
Marie Noël, Notes intimes, Stock, 1984, pp. 88-89