4e dimanche de Pâques

L’image du Bon Pasteur est seule à pouvoir traduire en langage humain quelque chose de l’amour de Dieu pour l’humanité. Elle nous dit une sollicitude, un attachement, une tendresse, une proximité. En cela, elle nous semble indépassable dans sa capacité à éclairer l’obscurité de notre condition humaine.

Elle nous dit que Dieu n’a pas abandonné l’humanité dans son péché, mais, au contraire, qu’Il est venu dans notre monde pour libérer les hommes du péché et les appeler à entrer dans son Royaume. La voix du Bon Pasteur, c’est la voix de Dieu qui s’est fait l’un de nous pour nous convier à ce qui peut seul étancher notre soif : la vie divine.

L’homme est un être appelé par Dieu et il ne peut se trouver qu’en répondant à cet appel. Tant qu’il n’a pas saisi qu’il n’est pas fait pour se réaliser tout seul, mais pour répondre à l’appel de Dieu, il ne pourra vivre que loin de lui, dans la dispersion et l’ignorance de son être véritable.

L’homme est un être qui ne fait que passer sur cette terre, car il est fait pour un autre monde, qu’il le sache ou non, un monde qui nous est totalement inconnu. Mais, de manière mystérieuse, nous pouvons déjà y pénétrer sur cette terre, car il existe une porte et cette porte, c’est le Christ, porte invisible donnant sur un royaume invisible.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le Christ soit cette porte, car le Christ, c’est bien Dieu lui-même qui s’est fait homme pour donner à notre vie une issue, une ouverture vers la vie en abondance. Grâce à Lui, nous ne sommes plus enfermés dans ce monde, car une porte est apparue à l’horizon de la vie humaine.

Mais, à vrai dire, il n’est pas facile de trouver cette porte, car elle est cachée à l’intérieur de notre âme. Il faut donc aller la chercher et on ne le peut que par la prière. Mais la prière n’a rien d’évident, car elle nous apparaît souvent comme un face-à-face avec nous-mêmes. On aimerait bien entendre de temps en temps la voix de Celui qui appelle les brebis chacune par leur nom, une voix qui nous dirait : « Je suis là ». Mais il n’en est rien.

Face à ce qui peut nous sembler une absence, un défaut de présence, de l’irréalité, on comprend ici que la volonté soit décisive, non pas qu’on puisse entrer dans le royaume de Dieu à la force du poignet, mais parce que, sans elle, on se met penser à autre chose, on se met à aller chercher ailleurs qu’en Dieu ce que notre sensibilité ne trouve pas en Lui et on oublie l’essentiel, on oublie de chercher et on devient imperméable à la voix du Bon Pasteur.

La surdité dans l’ordre spirituel vient de l’absence d’attention à l’essentiel. Ne faisant pas effort pour se tourner vers Dieu, on se laisse vaincre par sa pesanteur et c’est là que le bruit commence à entrer dans notre âme et à l’envahir peu à peu. Notre âme est un peu comme un appartement qui aurait ses fenêtres ouvertes sur la rue. Le bruit y entre et peut finir par tout recouvrir.

Or le Christ parle tout bas. Un rien suffit à recouvrir sa voix. On pourrait dire ici que plus celui qui nous parle est proche de nous, plus il est difficile de l’entendre. Qu’y a-t-il de plus proche de nous que Celui qui habite au plus intime de nous-mêmes ? Et pourtant qui semble plus muet que Lui ?

Si le Christ peut nous sembler muet, il n’y a là rien d’étonnant, car sa voix émane des profondeurs de notre âme et n’atteint pas la surface. Or c’est là que nous vivons généralement : en surface et non en profondeur.

Il n’y a ici qu’une seule solution : descendre en nous-mêmes en développant notre attention au Christ. Mais le Christ est à la fois Celui qui est en nous et Celui qui est au-delà de nous-mêmes. Il faut donc aller Le chercher en nous-mêmes, tout en allant au-delà de nous-mêmes : non pas entrer en nous-mêmes pour nous arrêter à nous-mêmes, mais pour aller au-delà de nous-mêmes, car c’est là que se trouve la porte.

On pourrait dire, d’une certaine manière, que la porte que nous cherchons est toujours située au-delà de nous-mêmes et que, sur cette terre, nous n’aurons donc jamais fini de la chercher. Personne ne peut se dire : « J’ai franchi la porte et je suis arrivé », à moins d’être dans l’illusion.

Le moine doit être habité par cette certitude : que le Christ se donne mystérieusement à celui qui Le cherche, à celui qui continue de Le chercher, à celui qui accepte que la vie de prière ne puisse jamais être une mainmise sur le Christ, mais un chemin de dépouillement où ce qui compte, en définitive, ce n’est pas tant de posséder que de savoir maintenir vivant en nous le désir de chercher Celui qui peut seul nous donner accès à la vie en abondance.

Ne pas laisser éteindre en nous ce désir, ne pas laisser les années atrophier peu à peu ce qui devrait être l’âme de la vie du moine, c’est le défi qui se présente à celui qui veut se rendre capable peu à peu de reconnaître la voix du Bon Pasteur, afin de pouvoir répondre toujours davantage à son appel. Amen.

Voir toutes nos homélies

🌐
Aller à^