Ascension 2026 / année A

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Durant 40 jours, le Seigneur Jésus ressuscité s’est manifesté à plusieurs reprises à ses disciples. Dans la joie de ces retrouvailles, inhabituelles et mystérieuses se cache aussi quelque doute, ils peinent à croire et à le reconnaître :« Quand ils Le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes ». C’est trop beau pour être vrai ! La pédagogie de Dieu à notre égard ressemble toujours à une énigme ! Dans l’évangile d’aujourd’hui, de nouveau, la parole de Jésus semble contradictoire avec la réalité ! Comment comprendre « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » au moment où il va partir au ciel ?

En effet, quand on prête un peu attention à l’histoire de la Révélation, on aperçoit une constante dans l’agir de Dieu, à savoir : un désir opiniâtre de demeurer parmi les hommes ! C’est d’ailleurs le cœur de toute l’histoire de l’AT : comment donner corps à cette présence à travers une fidélité, une relation d’amitié et une totale obéissance de son peuple ?

Quelquefois même Dieu utilise des moyens surprenants pour ramener son peuple récalcitrant ! Il n’hésite pas à démolir tout ce qu’il a construit pour éveiller l’attention de son peuple !  Pour nous éclairer sur cette réalité, écoutons un passage du commentaire sur le livre d’Esdras et Néhémie de Divo Barsotti :

« L’action de Dieu brûle et consume pour purifier. De fait, C’est quand la destruction semble totale que fleurit l’espérance. (…) Si c’est Dieu qui a piétiné son peuple, c’est donc qu’il veut le sauver. Il n’a agi ainsi qu’en vue d’une merveilleuse manifestation de gloire, de beauté, de Vie. Dieu qui est Créateur, devait, avant de faire son œuvre, mettre en pièces les faux appuis en lesquels son peuple se confiait. (…)Les prêtres n’ont plus de Temple, les prophètes ne parlent plus. Il ne reste que Dieu ! »

 » Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde « .

Jésus, fils de Dieu, en s’incarnant, n’a pas d’autre but que de réaliser ce désir de Dieu : être présent parmi les hommes ! Hélas ! Depuis le péché originel, le cœur de l’homme rejette constamment cette quête de Dieu et de son amour, jusqu’à le trahir par un baiser ! Maintenant, avant de monter au ciel, ayant aimé les hommes jusqu’au bout, Jésus promet qu’il est avec nous jusqu’à la fin du monde !

Comment réalise- t- il cette présence ?

La présence de Dieu se réalise autrement dans l’Ancien et le NT. Dans l’AT, Dieu se manifestait de manière « péremptoires et triomphante », tandis qu’en Jésus, « les choses avancent dans l’humilité (…). Dieu maintenant se rend présent dans la mesure même où il se cache ; il opère moins dans l’histoire, et davantage dans l’intime de l’homme. (…) Dieu est avec nous non seulement quand il fait des miracles, mais encore dans sa providence et même dans le déroulement ordinaire des faits. » (Divo Barsotti)

Le but de cette présence semble bien résumé par cette petite phrase du vieux paysan du Saint curé d’Ars : « je le regarde et il me regarde ! » Par cette petite phrase, nous pouvons aussi apercevoir l’importance d’une réponse active, d’une pratique régulière et persévérante de la part des hommes. Sans quoi, la promesse de Jésus serait vaine et inopérante ! D’où l’importance de la pratique de la présence de Dieu ! A ce sujet, nous ne pouvons qu’écouter frère Laurent de la résurrection : « La pratique de la présence de Dieu, consiste à nous accoutumer à une conversation continuelle avec Dieu, sans mystère ni finesse » ou encore « La vie spirituelle est une vie d’amitié. Or l’amitié suppose la présence de l’autre. (…) La forme suprême d’amitié qu’est l’amour entraîne jusqu’au silence- pas le silence creux des couples usés qui n’ont plus rien à se dire et se dévisagent tristement, mais le silence plein des amants comblés par la seule contemplation du visage chéri. C’est pareil pour Dieu. L’amitié de l’homme avec Dieu passe par la recherche de sa présence à travers une prière longue et régulière.

Cette promesse de Jésus ne peut se réaliser pleinement qu’au moment où l’homme l’accueille en ouvrant son cœur.

N’est-ce pas là la raison pour laquelle nous avons été appelés et sommes venus au monastère ? Amen.

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