Pentecôte 2026 – année A

Recevoir un cadeau est tout un art. Chaque culture a ses subtilités. Un cadeau se déballe-t-il à l’abri des regards ou immédiatement ? avec engouement, comme un enfant ? ou délicatement, pour bien souligner la valeur du cadeau ? Remercie-t-on avant ou après l’ouverture ? par quel geste ? Si c’est un bon vin, faut-il le servir sans délai et le déguster ensemble, ou bien le conserver précieusement ? Quoiqu’il en soit, et cela vaut pour toutes les cultures, à un moment donné, il faut ouvrir le cadeau, et cela, jusqu’au bout.

De son côté, le Seigneur Jésus s’est offert à nous jusqu’au bout, et la première chose à faire est de prendre conscience de l’ampleur du cadeau. Il ne s’est pas contenté de nous faire prendre place dans son corps ressuscité comme des figurants ou de simples spectateurs, des chrétiens de gradins. La Pentecôte nous révèle quelque chose de plus. Jésus souffle sur les Apôtres. Et son souffle est infiniment plus qu’un simple rafraichissement pour notre bien-être. Son souffle donne aux Apôtres la capacité d’être à leur tour acteurs en soufflant avec lui l’Esprit Saint. Jésus aurait pu dire, comme Pavarotti : « Il faut que tout le corps chante la musique qu’il y a dans la tête ». La Pentecôte inaugure cette participation de la vie du Christ-tête dans chacun de ses membres, activité par laquelle le Père et le Fils soufflent de toute éternité l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’activité féconde et intime par laquelle Dieu Trinité est bienheureux. « Reconnais, ô chrétien, ta dignité », disait saint Léon le Grand. La Pentecôte devrait dissiper notre pusillanimité comme elle dissipa celle des Apôtres, à commencer par celle tapie dans notre foi, et qui atrophie notre espérance. Il ne faut pas craindre d’aller jusqu’au bout de ce qu’implique notre baptême. « Le Christ s’éleva au ciel pour nous rendre participants de sa divinité », avons-nous entendu dans la préface entre l’Ascension et la Pentecôte. Ce sont des paroles de feu qui planent au-dessus de nos têtes, les avons-nous reçues ?

Recevoir est tout un art. Et qui dit art dit répétition. Dieu le sait bien, c’est un bon pédagogue. Il a fait étirer le jour de Pâques sur 50 jours, mit sur nos lèvres des centaines d’alléluias, jalonné le temps ordinaire de grandes solennités qui éclairent sous différents angles le mystère pascal, mystère qu’il renouvelle pour souffler dans nos âmes à chaque Eucharistie, chaque jour.

La sollicitude divine a de quoi nous confondre. Elle révèle notre lenteur mais plus encore la nature du cadeau offert : il est infini, nous n’en aurons jamais fait le tour. Il n’y a donc pas de temps à perdre pour le recevoir. Jésus insiste. Il ne dit pas ici : « Allez, proclamez, baptisez, enseignez », mais ce qui en est le tronc, l’attitude de base, il dit recevez. « Recevez l’Esprit Saint ». Le monastère est justement une école pour s’exercer à cela. Le moyen pratique qu’il nous offre est un cadeau presque aussi déconcertant que le cadeau lui-même : en effet, comment nous disposer à recevoir l’Esprit Saint ? eh bien… en apprenant à recevoir de bon gré, un stylo, un voisin, une coulpe, un plat, une bévue, un psaume, un Maître, un emploi, un livre, un accroc, un service, un horaire, un manque. Voilà comment Dieu désenveloppe en nous le cadeau de notre adoption filiale. Il le fait tantôt avec l’engouement un peu brusque d’un enfant, tantôt avec une délicatesse inaperçue. « Heureux qui croit sans avoir vu ». Quand le sens de cette pédagogie incarnée s’étiole, le monastère cesse d’être une école d’initiation à la vie du Christ, une maison de paix et de joie, une sequela Christi qui nous stimule à rester collés à Jésus pour reprendre souffle et dire : « Père, ce que tu veux, je le veux aussi ». « Il faut que tout le corps chante la musique qu’il y a dans la tête ». Amen  

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